Rapport Santé-Course : derrière la livraison express, une précarité extrême

Derrière l’image moderne et pratique de la livraison à domicile se cache une réalité sociale alarmante. Le rapport Santé-Course, mené par une équipe de recherche interdisciplinaire de l’IRD et de l’Ined, avec plusieurs associations de terrain et des livreurs eux-mêmes, s’appuie sur une enquête réalisée en 2025 auprès de 1 004 livreurs travaillant notamment pour Uber Eats, Deliveroo et Stuart, à Paris et Bordeaux.

Il révèle une population extrêmement précaire : 98,8 % sont des hommes, 97,8 % immigrés, avec un âge médian de 30 ans, et près des deux tiers sans titre de séjour. Beaucoup vivent dans des conditions difficiles : 17,7 % sont en logement précaire, tandis que 48 % à Paris et 36,7 % à Bordeaux déclarent avoir déjà passé une journée entière sans manger faute d’argent.

Leur activité repose sur une forte dépendance économique : 91 % tirent l’essentiel de leurs revenus de la livraison, 95 % n’ont ni autre emploi ni formation, et 73,5 % travaillent sous le compte d’un tiers. Malgré cela, ils effectuent en moyenne 63 heures par semaine, 6 à 7 jours sur 7, pour seulement 1 480 € bruts par mois, soit environ 880 € nets une fois déduits les frais professionnels (véhicule, assurance, cotisations et surtout location de compte), avec un revenu horaire moyen de 5,83 € brut, très inférieur au SMIC.

À cette précarité s’ajoutent les risques pour la santé : plus d’un sur deux a déjà subi un accident dans le cadre de son travail, et 44,8 % estiment que leur état de santé s’est dégradé depuis qu’ils exercent cette activité.

Le rapport Santé-Course dresse ainsi le portrait d’une main-d’œuvre essentielle au fonctionnement des plateformes, mais surexploitée, fragilisée et largement absente des statistiques officielles.

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